Empreinte carbone et service rendu

L’empreinte carbone de chacun d’entre nous correspond à la quantité de gaz à effet de serre que nous produisons annuellement par notre activité de tous les jours. Elle concerne donc différents domaines de la vie courante: alimentation, transports, logement, utilisation des services publics, des services numériques,…. Elle est calculée sur tout le cycle de vie de chaque produit, c’est-à-dire non seulement par rapport à l’émission des gaz à effet de serre nécessaires à la production de ces biens et services et à leur fonctionnement, mais aussi au transport de leur lieu de production à leur lieu de consommation, et au traitement des déchets engendrés par leur fin de vie.

Que faire avec notre empreinte carbone ?

Selon le site publique permettant de calculer très simplement l’empreinte carbone personnalisée de chacun, l’empreinte carbone pour une utilisation standard dans le contexte de vie et de consommation actuel est d’environ 8 tonnes de CO2-équivalent par an pour chaque français. Chacun peut ainsi tester en direct les domaines dans lesquels il est plus ou moins économe en émission de gaz à effet de serre. C’est un excellent moyen pour avoir une prise de conscience immédiate sur l’impact de chacun de nos gestes sur ces émissions. Bien évidemment, ces émissions ne concernent pas toujours la France et le temps présent, les produits consommés pouvant être fabriqués à l’étranger, et souvent bien loin de la France. Ils incluent aussi les émissions qui ont eu lieu soit dans le passé ou qui le seront dans le futur.

Une première constatation s’impose cependant lorsque l’on fait ce test. Il est facile de moduler, à la hausse comme à la baisse, ce taux moyen par activité selon nos habitudes de vie et notre situation sociale, familiale ou professionnelle. Mais la modulation finale, une fois toutes les activités renseignées, reste toujours relativement faible, typiquement de l’ordre de une à deux tonnes de CO2-équivalent par an. On ne peut en effet jamais être excellent dans tous les domaines. Alors lorsque la page finale nous indique qu’il faut arriver à un objectif de 2 tonnes de CO2-équivalent pour notre empreinte carbone – soit une réduction de plus de 6 tonnes par an – on quitte vite le site un peu découragé !

Et si l’on est découragé – et que l’on culpabilise – alors le virus écologique, encore une fois, a très peu de chances de se propager à grande échelle, à la fois dans l’espace et dans le temps.

Pour quel service rendu ?

Pourquoi donc est-il très difficile de réduire son empreinte carbone de façon importante ? Il faut pour cela se rendre compte que dans notre vie de tous les jours, nous attendons un certain service – le service rendu – de toutes nos actions, selon notre situation sociale, familiale ou professionnelle et notre mode de vie. Une famille de deux enfants par exemple aura le plus souvent besoin d’une grande voiture, break ou SUV, pour se déplacer en famille pendant l’année et en vacances. Elle ne pourra pas n’avoir qu’une citadine électrique, sauf à utiliser le train pour partir en vacances. Ce service rendu doit donc se décomposer selon plusieurs critères:

  • Le service rendu indispensable. C’est le service minimum dont nous avons besoin par exemple pour nous nourrir, se loger, aller travailler. Pour reprendre l’exemple précédent d’une famille de deux enfants, avoir un SUV ne rentre pas dans cette catégorie.
  • Le service rendu de confort. C’est le service que nous pouvons nous offrir pour avoir un certain confort, propre à chacun, dans toutes nos actions, au niveau de notre logement ou de notre voiture par exemple. Avoir un SUV pour notre famille de deux enfants rentre bien évidemment dans cette catégorie.
  • Le service rendu de plaisir. C’est le service pour nous faire plaisir ! Il peut paraître parfois parfaitement superflu, mais il est souvent nécessaire pour que chacun puisse y trouver une motivation pour aller de l’avant, investir dans de nouveaux projets, en un mot pour transformer le monde !

La transformation écologique de nos pratiques quotidiennes doit prendre en compte ces services rendus, aussi importants les uns que les autres. Il faut le faire bien sûr de façon raisonné, sans gaspillage d’énergie, et en choisissant les actions les plus sobres en émission de gaz à effet de serre. Un SUV à essence de nouvelle génération, avec un moteur d’une puissance minimum et conduit de façon fluide et économe, consomme autant si ce n’est moins qu’une voiture compacte voire citadine plus ancienne avec un moteur surdimensionné et une conduite sportive souvent inutile.

La neutralité carbone

L’Union Européenne a pour objectif d’arriver à la neutralité carbone en Europe en 2050. Cette neutralité implique que toutes les émissions annuelles de gaz à effet de serre devront être compensées à ce moment là par les mécanismes d’absorption de ces mêmes gaz, les fameux puits de carbone. Comment y arriver en France compte-tenu de la discussion précédente ?

Au delà de la démarche citoyenne pour limiter son empreinte carbone, en analysant de près sa façon de consommer, il convient de regarder les domaines d’activité les uns après les autres en isolant les grandes priorités. C’est en effet en agissant « à la source », au niveau des processus industriels, du transport, du logement et du traitement des déchets que l’empreinte carbone de chacun pourra diminuer de façon significative.

Ces priorités résultent naturellement des grands ordres de grandeur développés ici.

  • Au niveau industriel, minimiser les émissions de gaz à effet de serre au niveau de la production en France par le développement d’une ré-industrialisation « verte ». Cela a un double avantage: d’une part éviter les transports inutiles du site de production à l’étranger au site de consommation en France, et d’autre part produire à partir de sources d’énergie plus décarbonées, comme la substitution de l’hydrogène au gaz naturel ou l’utilisation de centrales nucléaires en France plutôt que de centrales à charbon à l’étranger.
  • Développer une filière des transports complètement décarbonée. Cela est déjà d’actualité avec la mise en service de voitures électriques citadines ou compactes à un prix de plus en plus abordable. Cela doit évoluer pour les modes de transport plus lourds – trains TER non électrifiés, bus, camions, voire SUV ou berlines – par le développement de toute une filière liée à l’utilisation d’hydrogène « vert », en cohérence avec le développement des énergies renouvelables, parcs d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques.
  • Enfin, au niveau du domaine résidentiel et tertiaire, arriver à une isolation thermique optimale pour tous les bâtiments, privés et publiques. Cela ne peut évidemment pas se faire tout de suite pour tout le monde, tout simplement par le besoin de former de plus en plus d’artisans dans ces corps de métier. Dans cette perspective, il n’est certainement pas une priorité de continuer à favoriser l’installation de panneaux photovoltaïques sur les toits des maisons individuelles – qui demande aussi beaucoup de main d’œuvre – mais plutôt de se concentrer sur l’isolation des bâtiments et favoriser l’installation de parcs de panneaux photovoltaïques sur de grandes surfaces, biens moins onéreux et qui peuvent être construits à proximité de sites de fabrication d’hydrogène.

Qu’en est-il cependant du domaine agricole et de la gestion des déchets naturels ? Contrairement aux domaines précédents, celui-ci est principalement émetteur de méthane et non pas de dioxyde de carbone. Pour des raisons de représentation uniforme de l’effet de tous les gaz à effet de serre sous une même unité, le Giec a mis au point la notion de CO2-équivalent. Cette unité permet de mesurer l’effet de tous les gaz à effet de serre, en les étalant sur cent ans. Il n’en demeure pas moins que le méthane est un gaz à effet de serre dont la durée de résidence dans l’atmosphère est très différente de celle du dioxyde de carbone: le méthane est détruit pratiquement intégralement dans l’atmosphère au bout d’une cinquantaine d’année, alors que 40% du dioxyde de carbone émis y est encore présent au delà d’une centaine d’année

Qu’est ce que cela implique ? En France, le méthane est émis principalement dans l’élevage et dans la décomposition des déchets agricoles. Pour ces derniers, le méthane produit peut être récupéré dans une certaine mesure et utilisé dans des centrales thermiques fonctionnant au méthane. C’est tout l’enjeu de la filière de méthanisation qui se développe rapidement. Pour ce qui concerne le méthane issu de l’élevage, il ne peut pas s’accumuler dans l’atmosphère en France dans la mesure ou la consommation de viande bovine par exemple diminue régulièrement depuis une cinquantaine d’années, après avoir été constante pendant de nombreuses années.  Il se détruit ainsi dans l’atmosphère autant de méthane qu’il n’en est émis. Il faut donc juste accompagner cette tendance naturelle sans avoir besoin de mesures coercitives pour tout un chacun afin de diminuer la concentration de méthane dans l’atmosphère en France

En d’autres termes, la neutralité carbone est d’ores et déjà atteinte dans le cas de l’émission de méthane en France. Ce n’est malheureusement pas le cas dans beaucoup d’autres pays avec une forte augmentation de l’émission de méthane lors des processus d’extraction de pétrole et de gaz.