Est-ce qu’une solution intéressante pour un pays l’est aussi pour un autre ? Il est important de bien cerner les caractéristiques de production et de consommation d’énergie de chaque pays avant de trouver la bonne réponse à cette question. Un excellent exemple est donné par la comparaison de la situation en France et en Allemagne, les deux pays les plus riches de l’Union Européenne en terme de Produit Intérieur Brut (PIB).
L’Allemagne est plus peuplée que la France – 84 millions d’habitants pour 68 millions en France – avec un PIB aussi plus important – 5.300 milliards de dollars pour 3.700 milliards en France. La température moyenne y est aussi plus basse qu’en France d’environ 3 à 4 degrés. Toutes ces différences permettent d’anticiper facilement une consommation d’énergie plus grande en Allemagne qu’en France. Mais qu’en est-il si l’on y regarde d’un peu plus près ?
Consommation d’énergie
Si l’on se concentre tout d’abord sur la consommation nette d’énergie selon les grands domaines d’activité du pays – transports, résidentiel, industrie, tertiaire et agriculture – on retrouve tout naturellement une plus grande consommation d’énergie en Allemagne (environ 2100 TWh en 2023) par rapport à la France (1500 TWh), conformément aux caractéristiques propres de chaque pays rappelées ci-dessus. Le détail pour chaque activité est indiqué sur la figure 1.

Les variations que l’on observe selon chaque activité sont aussi toutes naturelles. Le domaine du résidentiel reproduit parfaitement le même type d’augmentation observé sur la consommation totale. La consommation dans les transports est, une fois corrigée des caractéristiques propres à chaque pays, relativement plus importante en France. Cela traduit l’utilisation du réseau routier bien plus grand en France, avec un réseau bien plus développé qu’en Allemagne. La consommation dans l’industrie est par contre plus grande en Allemagne, conformément à la plus grande industrialisation de ce pays comparé à la France. Par contre, la consommation dans le domaine du tertiaire est proportionnellement plus grande en France, signe du développement plus fort de cette activité en France. Enfin, l’agriculture n’est pas une source de consommation d’énergie très grande dans les deux pays.
Toutes ces observations ne montrent aucune différence significative entre ces deux pays au niveau de la consommation d’énergie, une fois corrigée de leurs différences objectives. Qu’en est-il par contre au niveau des sources de production d’électricité ?
Production d’électricité
Les différences entre les deux pays pour ce qui concerne la production d’électricité sont ici flagrantes, comme on peu le voir sur la figure 2. Elles tiennent en deux constatations: l’Allemagne n’a plus de centrales nucléaires en activité, alors que la France n’a pratiquement plus de centrales thermiques à charbon et à fuel en activité.

Cela induit deux stratégies très différentes pour ce qui concerne l’alimentation en électricité de chaque pays. En France, l’alimentation de base est assurée par les centrales nucléaires. Elle couvre en très grande partie les consommations moyennes d’électricité que l’on peut anticiper d’un jour sur l’autre. Leur production est cependant bridée pour faire place à la production d’électricité que l’on peut anticiper des parcs d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Le surplus de production de ces parcs est aussi exporté vers nos pays voisins.
Toutes les variations de production ou de consommation non prévisibles sont alors assurées par les sources d’électricité pilotables pouvant gérer très rapidement un appel de puissance. C’est le cas des centrales hydrauliques et des centrales à gaz.
La situation en Allemagne est à l’opposé! L’alimentation de base en électricité doit ici être assurée par les sources disponibles d’électricité pilotables, c’est-à-dire les centrales thermiques à charbon, gaz ou fuel – soit les centrales les plus émettrices de gaz à effet de serre – en complément des centrales hydrauliques. Pendant les périodes d’ensoleillement en journée, ou en présence de vent, les parcs d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques permettent cependant de minimiser l’utilisation de ces centrales thermiques. De par leur intermittence, ces parcs ne peuvent cependant en aucun cas se substituer intégralement à ces centrales thermiques. La production d’électricité par les centrales hydrauliques est relativement faible en Allemagne.
Il est intéressant de noter qu’en 2023 l’Allemagne et la France ont produit la même quantité d’électricité. Si l’on tient compte par contre du solde d’exportation d’électricité de la France, 50 TWh, et du solde d’importation de l’Allemagne, 10 TWh, on retrouve une surconsommation naturelle de l’Allemagne par rapport à la France.
Emissions de gaz à effet de serre
Le bilan en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, en France et en Allemagne, est alors une conséquente directe de la structuration de l’alimentation en électricité de ces deux pays, comme discuté ci-dessus. Il est indiqué sur la figure 3, selon les différentes activités du pays.

Les émissions dans les domaines des transports, de l’industrie, de l’agriculture ou encore du domaine résidentiel et tertiaire sont parfaitement en ligne avec la consommation d’énergie par activité indiquée sur la figure 1. Les émissions dans le domaine de l’industrie de l’énergie – essentiellement dans le domaine de la production d’électricité – est une conséquence naturelle de l’utilisation massive de centrales thermiques à charbon et à gaz dans la production d’électricité en Allemagne, et ceci malgré le fort taux de développement d’énergie renouvelable, parcs d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques. Cela correspond typiquement à un surplus d’émission de gaz à effet de serre d’environ 170 Mt CO2 eq, soit presque la moitié du taux d’émission français, toutes sources d’énergie confondues.
Le domaine de l’agriculture et de la gestion des déchets est essentiellement émetteur de méthane. Mesurées en terme de CO2 équivalent, les émissions de ces domaines sont non négligeables, en France comme en Allemagne. Contrairement au dioxyde de carbone cependant, ce gaz est pratiquement entièrement détruit dans l’atmosphère au bout d’une cinquantaine d’année. Que ce soit en Allemagne comme en France, les émissions de méthane dans ces deux domaines diminuent aussi constamment depuis une cinquantaine d’année et donc la concentration de méthane dans l’atmosphère diminue aussi dans ces deux pays: le méthane émis il y a plus d’une cinquantaine d’année dans l’atmosphère est maintenant quasiment entièrement détruit, et celui émis actuellement ne le compense pas complètement.