Les données pullulent sur internet, parfois avec une précision de trois chiffres significatifs ou même plus. Ce qui veut dire implicitement que la précision que l’on peut certifier pour déterminer ces données est meilleure que le millième, alors qu’une précision de un centième est déjà une gageure, notamment dans le domaine de l’énergie. Souvent d’ailleurs, ce sont des pourcentages qui sont indiqués: le fameux camembert cher à tout tableur Excel ! C’est par exemple le cas pour comparer les données d’un pays à l’autre, les évolutions d’une année sur l’autre ou encore comparer plusieurs sources différentes dans le domaine de l’énergie.
Il faut cependant se méfier des comparaisons. N’oublions pas que comparaison n’est pas raison ! Ce qui est bien pour un pays ne l’est pas obligatoirement pour un autre. Et puis la Nature ne connait pas les pourcentages ! Elle ne connait que les vrais valeurs, comme par exemple la concentration dans l’atmosphère des gaz à effet de serre, dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote en particulier.
Savoir déterminer les bonnes priorités
A force de parler de pourcentages, on en vient à oublier les vrais ordres de grandeur. Ceux-ci sont pourtant indispensables pour pouvoir déterminer une stratégie ancrée sur le long terme, en se fixant les bonnes priorités. Prenons l’exemple du taux d’émission de gaz à effet de serre – ici le méthane – par l’élevage, plus particulièrement celui de bovins, domaine dont on parle beaucoup dans les médias depuis quelque temps. Ce taux d’émission est presque aussi significatif que celui émis dans tout le domaine résidentiel, c’est-à-dire essentiellement l’émission de dioxyde de carbone par le chauffage au gaz. Énorme ! Arrêtons donc de manger de la viande rouge en France !
Revenons-en plutôt aux fondamentaux, c’est-à-dire à la contribution de ces deux domaines à la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et non pas seulement à leur émission. Une large partie du dioxyde de carbone – environ 40% – est encore présent dans l’atmosphère bien au delà d’une centaine d’année. Chaque année donc depuis le début du XXème siècle, une grande partie du dioxyde de carbone qui est émis s’accumule dans l’atmosphère et conduit effectivement à une augmentation de cette concentration. Le reste est essentiellement absorbé par les océans et les forets. Par contre, le méthane est détruit pratiquement intégralement par réactions chimiques dans l’atmosphère au bout d’une cinquantaine d’années. Et comme depuis une cinquantaine d’années la consommation de viande bovine en France diminue lentement mais régulièrement, il se détruit chaque année dans l’atmosphère un peu plus de méthane issu de la consommation de viande bovine depuis une cinquantaine d’année qu’il n’en est émis actuellement. La concentration de méthane dans l’atmosphère dû à la consommation de viande bovine en France diminue donc ! Il faut ainsi en priorité s’occuper de diminuer nos émissions de dioxyde de carbone plutôt que d’avoir un message contre-productif de diminuer de façon draconienne notre consommation de viande bovine.
Savoir déterminer les bonnes priorités est une condition sine qua non pour pouvoir entraîner de façon cohérente citoyens, associations, collectivités territoriales, pouvoirs publics, dans une démarche dynamique et efficace de transformation écologique de nos pratiques quotidiennes. Il faut que le virus écologique , l‘éco-virus, puisse absolument se propager à grande échelle, à la fois dans l’espace et dans le temps.
Attention à la tyrannie du tableur Excel
Pratiquement toutes les données que l’on trouve sur internet sont issues d’un calcul sur un tableur Excel. C’est un outil formidable pour faire des bilans, des statistiques, et des représentations graphiques des résultats obtenus. Mais attention à ne pas faire dire au résultat d’un calcul Excel – en bas à droite de la feuille – plus que ce qu’il ne peut en dire !
Prenons par exemple la contribution des énergies renouvelables, parcs d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques, à la production totale d’électricité en Allemagne et en France. Elle représente en 2023 40 % en Allemagne et environ 15% en France. La France a vraiment du retard – c’est un très mauvais élève diront certains – et doit mettre les bouchées doubles pour s’équiper immédiatement d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques ! Si ce n’est que l’Allemagne émettait quand même cette même année environ 170 millions de tonnes de dioxyde de carbone de plus que la France pour la production d’électricité, presque la moitié de l’émission totale de la France, toutes énergies confondues. Le tableur Excel a simplement oublié de nous dire que les centrales nucléaires n’émettaient pas non plus de gaz à effet de serre.